La mythologie d’Amélie Poulain

J’ai le plaisir d’accueillir aujourd’hui sur mon blog la jeune romancière genevoise Elise Vonaesch pour un billet sur la portée mythique du personnage de fiction Amélie Poulain. Bonne lecture ! AF

Amélie Poulain est devenue un personnage mythique depuis la sortie du film en 1997. Elle incarne ceux qui ne sont pas représentés dans la société. Que ce soit dans les films, dans les émissions ou dans les publicités, les héros discrets et timides sont ceux qu’on n’expose pas. D’habitude, on privilégie les extravertis et les courageux, qui se battent et affrontent. Pas ceux qui aident le monde par des petites choses, de petits gestes qui font du bien au cœur. Pour une fois, c’est une jeune femme très sensible qui est mise au devant de la scène. Et surtout, ça marche. Malgré sa timidité, elle garde son statut d’héroïne sans tomber dans celui de la victime. Et si elle ne sauve pas le monde, elle l’aide à sa manière, en agissant dans le secret. Et c’est nouveau, tant les introvertis se perdent parmi les héros qui n’ont peur de rien.

Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain est un film doté d’une âme : un début original qui présente en détails les personnages par ce qu’ils aiment ou non. L’histoire est menée par une protagoniste hors du commun, et le scénario, qui paraît très simple, en fait pourtant un chef d’œuvre. La simplicité de l’histoire comme des personnages n’empêche pas de produire un film hors du temps, qui n’a de loin pas encore vieilli. Bien qu’à l’opposé d’un film d’action, Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, outre son aspect comique, offre de la surprise, du moins de l’inattendu. Ne serait-ce que par les paradoxes du film : l’alter ego d’Amélie qui travaille dans un sex shop, par exemple. De plus, le travail esthétique apporte beaucoup au film. Il est culte tant sur le son que sur l’image. Une musique très célèbre, reconnaissable entre toutes, qui rythme les séquences. Puis des images de Paris qui poétisent le film, cette lumière qui magnifie l’image. Comment le monde pouvait-il rester insensible à tout le charme de la ville lumière ?

C’est effectivement un succès mondial que le film a rencontré. Et c’est un tour de force : se faire une place si prestigieuse, mondialement reconnu, au milieu de films surexcités et privilégiant le fond à la forme, Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain a su toucher son large public. Dans un monde cinématographique dominé par la production américaine, il vient contrer horreur, gore, fantastique et science-fiction. C’est un tout qui l’élève au rang des meilleurs films au monde. Aujourd’hui encore, le réalisateur français le plus connu, du moins le plus apprécié, reste Jean-Pierre Jeunet. Il rehausse le cinéma français sur lequel on crache désormais sans retenue. Car Amélie Poulain n’est pas seulement un personnage de film, c’est un symbole : en plus d’être le type de personnage non représenté dans les fictions, si ce n’est dans la littérature romantique du XIXe siècle, elle incarne « l’hypersensible » esseulé l’effervescence d’une capitale, au milieu de gens qui ne lui ressemblent pas. Le succès du Fabuleux destin d’Amélie Poulain au Japon témoigne de cette justesse du personnage. Et jamais on ne pourra créer une héroïne similaire, aussi marginale, aussi atypique, sans que l’on pense à la mythique Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, celle qui fait rêver le monde de la France, et de Paris, ville lumière jamais mieux mise en scène aux yeux du public international.

Elise Vonaesch

Commentaires

  • Texte très intéressant (comme d'hab ici). En le lisant je découvre des points que je n'avais pas perçus aussi clairement, comme l'aspect atypique de l'héroïne, pourtant si naturelle et dont la présence est évidente et ne souffre d'aucune contestation.

    Il n'y a pas grand chose d'autre à dire sur elle, qu'elle-même.

    Le charisme de l'actrice a servi le film à merveille.

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