04/11/2017

Beat

 

 

Autour de moi, j'aperçois des jeunes gens, étudiants de longue durée, ou en pleine galère de recherche d'un premier emploi - qui pourrait leur offrir un salaire leur permettant d'assurer un peu plus que leur survie matérielle, voire simplement leur survie matérielle, intellectuellement brillants, désargentés par de trop longues années d'étude, ou désargentés de toujours, désabusés par la politique et par le militantisme, athées ou peu religieux, cyniques parfois, incisifs souvent, précariat intellectuel sans idoles et sans dieux, en marge de la civilisation occidentale et de la petite bulle de prospérité helvétique. Abandonnant leurs folles espérances professionnelles, certains se rétrogradent dans d'obscurs emplois de désillusion, en attendant que. On leur avait pourtant dit qu'il fallait faire ce qu'ils aimaient, mais ce qu'ils aimaient n'était finalement pas au rendez-vous. A 20 ans, projetez vos espérances, suivez vos intuitions, puis, de 25 à 30 ans, passez cinq ans à réparer les choix de vos 20 ans ? L'école obligatoire et post-obligatoire nous a fourni une culture générale des plus avenantes, et parfaitement peu professionnalisante, éducation bourgeoise nous mettant à égalité avec les bourgeois, l'argent en moins, ou comment désorienter au nom de belles mais creuses valeurs à coup de milliards publics.

Mais parmi ces jeunes gens, certains ont été saisis par la plume. Alors, les mots se déversent, parfois grands torrents, parfois petits ruisseaux, toujours en conquête de nouvelles régions de papier, à défaut du monde, repoussant d'imaginaires frontières intérieures, poussant plus loin toute la fantaisie de leur esprit. Explorateurs, aventuriers, leurs doigts de géants pianotent dans un long vol qui les mène dans ce quelque part qui est l'ailleurs tant désiré.

Je lis l'histoire des années 1950 et 1960 et je me dis que nous sommes plutôt dans les années 1950 que dans les années 1960. Époque sans mouvements, époque conformiste.

Époque de gestation ?

 

 

Adrien Faure