19/09/2017

Au cœur de la mythologie occidentale

 

 

Fragments rétrospectifs
Novembre 2016, en partance de Toronto



A l'image du continent canadien et de sa démesure spatial, les eaux du lac Ontario forment un petit océan en-dessous de mon minuscule avion. Je sens l'excitation monter : dans quelques minutes je foulerai du pied la capitale du monde. Le journaliste-écrivain Thompson affirmait, la tête bourrée d'acides et errant à Las Vegas, qu'il était à la recherche du Rêve Américain. Je suppose qu'en un sens je suis en quête du Rêve Occidental. Ou ce qu'il en reste. Si seulement il existe. Mais soudain là voilà ! Je me colle immédiatement aux hublots. New York ! Resplendissante, aux gratte-ciels couverts de lumière, si fiers, si dressés, immenses et innombrables, comme une gigantesque forêt urbaine de métal et de verre. L'avion plane tranquillement au-dessus de la cité, me laissant le loisir d'épancher ma soif d'observation. Il vire ensuite de bord pour atterrir à l'aéroport intracontinental. Mes pieds rentrent alors en contact avec le sol new-yorkais. Ça y est, me voici au cœur du mythe !

 

Confortablement installé dans un hôtel du Queens, je visite le centre si dense de Manhattan (je n'ai jamais avancé aussi lentement en milieu urbain), Brooklyn et ses ponts qui se pointent peinards à chaque détour de rue, mais aussi Greenwich Village, Wall Street, Harlem, le Bronx. Tant de noms ! Tant de noms fameux, célèbres, entendus, réentendus, encore et encore, résonnant en chaque Occidental comme de vieilles connaissances, tandis que leur architecture semble étrangement familière à notre regard. Chaque nouveau nom me fait l'effet d'une étape de plus dans mon pèlerinage au cœur de la mythologie occidentale. Les Beats ont marché ici, Kerouac, Ginsberg et Cassady y ont dansé, bu, hurlé jusqu'à plus d'heure, tandis que des milliers d'acteurs défilaient dans ces rues pour tourner chaque nouveau film s'exportant aux quatre coins du monde. Cité immanente, cité permanente.

 

Mais New York est ici, maintenant, sous mes pieds, et tout autour de moi.

Alors vibre la nuit américaine, que jamais ne s'arrête,

ô rencontres nocturnes, ô délicieuses nuits,

saisis-nous jusqu'aux lendemains.

 

 

Adrien Faure

 

 

 

17/09/2017

Flashs de voyage

 

 

Nuit du 4 au 5 septembre 2017

 

Sensation d'écrasement. L'avion turbule, semble tourner bizarrement. Est-ce qu'on tourne en rond ? Les hauts-parleurs grésillent quelques fragments de japonais, mais je ne comprends strictement rien aux explications. Je ne parle évidemment pas japonais ! Je me morfonds en pensant que périr dans une compagnie d'aviation au nom aussi ridicule que Peach, dont les sièges et la carcasse sont entièrement recouverts d'une couleur lilas, est vraiment peu glorieux. Par chance, l'oiseau low cost poursuit son vol vers les lueurs de la plus grande des mégapoles du monde humain.

De Seoul à Tokyo, toujours plus à l'Est. Au temps du kérosène-roi, il n'y a plus de limite aux routes que nous empruntons. Nous sommes tous des cosmonautes, des géants, traversant l'espace et le temps sans aucune difficulté. Apothéose de la civilisation avant la chute climatique ? Je ne serais en tout cas pas de ceux qui n'auront pas su goûter à ses charmes quand ceux-ci s'offraient à eux. 



Fin août 2017

 

En Corée, il y a peu d'étrangers. Vraiment peu. Le multiculturalisme est un truc d'Occidentaux, en Corée on est plutôt carrément branché mono-culturel. Du coup, mes premiers pas en Corée me font l'effet d'une entrée sur scène. Seul étranger dans le métro, des dizaines de paires de yeux me zieutent sans trop de gêne. Un peu narcissique, j'en profite pour prendre quelques poses. Toute cette attention sans avoir à faire le moindre effort ! Bienvenue au théâtre de rue amateur pour jeunes Occidentaux. Et quand vous croisez un compère de l'Ouest, vous lui jetez un regard de connivence, de comédien à comédien, en un signe spontané de reconnaissance en notre altérité en ce lieu.

Je passe devant des restaurants. Ça sent bon, mais je ne comprends rien aux menus, rédigés entièrement en coréen. Tant de mystères gustatifs se cachent derrière tous ces symboles ! Mais je peux toujours commander au hasard. Ou questionner un serveur. Ou pas, car la plupart des serveurs ne parlent pas anglais. Scène amusante dans un magasin où j'essaie d'extorquer des mouchoirs à une employée flegmatique qui me regarde avec une profonde incompréhension. De toute façon il est mal vu de se moucher en Corée. Dans les convenience stores, ouverts de l'aube au fin fond de la nuit tandis qu'en Suisse on fait des drama pitoyables pour savoir si on ouvrira la Migros jusqu'à 19h ou 19h30, je me promène parmi des produits étranges que je ne reconnais pas. Je pioche au petit bonheur, tâchant de me laisser guider à la couleur et à la forme.



Début septembre 2017



Tokyo sous la pluie. Un champ d'un million de parapluies transparents et blanchâtres éclot devant moi. Qui a dit que la flore urbaine n'est pas intéressante ? Un peu plus loin, à l'aide de grands gestes pleins de manches, un garde m'empêche de pénétrer au sein du domaine impérial. Je longe les murs interdits sans apercevoir le reflet de l'Empereur, mais sa garde me surveille par delà les douves, perchée sur des miradors. Je bats sagement en retraite.

Shibuya. Incarnation du cliché que se fait l'Occidental moyen de Tokyo. Lumières partout, néons, affiches géantes, écrans gigantesques, publicités à foison, caractères japonais recouvrant tout l'horizon urbain, karaokés sur plusieurs étages, hypermarchés regorgeant de tout ce que les Hommes savent produire sur Terre, et quelques cafards évitant en zigzags habiles les chausses de la marée humaine. Si vous n'aimez pas ça, rassurez-vous, il y a aussi des temples. 




A un jour de la rentrée universitaire, je me remémore. Flashs de voyage, bribes d'images, de sons et de lumières. Visages, rires et verres qui se lèvent. Plaisirs mémoriels du voyageur de retour de la route. Plaisirs qui glissent sous la plume comme du miel sous la langue.

Jusqu'à la prochaine fois !

 

 

Adrien Faure

 

 

25/06/2017

Nomade

 

12 juin

Départ précipité en vue. Je relis une ultime fois mon dernier travail que j'expédie par email à mon professeur. Je fourgue quelques affaires dans une grosse valise marron. Il faut dormir.

13 juin

L'avion m'emmène, comme de rien, sur un autre continent. Quelques minutes plus tôt j'ai décidé au dernier moment de prolonger mon séjour d'une semaine. On n'est jamais parti assez longtemps.

16 juin – 25 juin

Départ de Toronto. On erre, de ville en ville, scrutant les pierres des maisons, mitraillant l'albâtre, usant ses talons dans de nouveaux décors urbains. J'apprends l'histoire du pays. Entre chaque ville je vois défiler d'immenses plaines, forêts, champs, lacs. Vastes amas de natures s'accumulant devant les fenêtres des trains et des autobus pour mieux assoupir l'innocent spectateur jetlagué.

De portes en portes. On achète des codes et les portes s'ouvrent. Il n'y a plus d'hôtels, mais des codes. Plus de réceptionnistes, mais des messages échangés entre les portes. Et chacun de s'évaluer à coup d'étoiles et de commentaires, tâchant de sauvegarder du mieux possible sa réputation.

19 juin

Ottawa est une ville assez mystérieuse, bien loin du caractère commercial, affairiste et affairé de Toronto la grande. Cette cité pullule de symboles. La licorne écossaise est partout et une flamme liquide brûle sans discontinuer au centre de trois châteaux de pierre sur une colline. La nuit d'innombrables statues vous encerclent et dansent une gigue autour de vous.

24 juin

Fait prisonnier par la pluie devant ce qui pourrait être un garage à Québec. J'écris en attendant qu'elle cesse.


Adrien Faure