Poèmes

  • Face à moi

     

    Quadrilatères vitrés en uniformes
    Innombrables, fureteur passant, tête plongeante
    Pigeons parmi se butinant 
    Roches du mur grillagées, couvertes d’ombres légères souvenirs
    De lianes éparses, mémoire d’une jungle d’autrefois
    Et, au milieu, une lampe
    Se balance doucement comme un trapéziste
    Embouteillage fortuit de formes humaines
    Sur le gris du ciel
    Au loin cherche sa respiration
    Un pauvre hêtre enserré
    Surplombé par un horizon de tuiles
    Coupantes comme ma vision
    Une comète aérienne encore plus haut
    Et en face il n’y a personne.


    AF



  • Le futur

     

    Et la peau se flétrira
    Et les dents se fissureront
    Et les muscles se feront flasques
    Et les cheveux finiront dans la fosse

    Ce sera le temps de la décrépitude
    De l'ignominie et de la faiblesse
    Nous ramperons, nous pleurerons
    Mais rien n'y pourra

    Notre vie consumée ricanera
    Quand nous contemplerons
    Comme Narcisse, dans une flaque

    D'un mauvais whisky, glaçant
    Ce qui reste de nos os, de nos chaires
    Jusqu'à ce que la nostalgie et le regret nous emportent.

     


    - AF

     

     

     

  • Les moines-guerriers

     

    Genève, Cité Sainte
    Pleine de moines-guerriers
    De guerriers-ermites
    Parés de leurs armes puissantes
    La Plume
    Le Verbe
    et la Vie
    Ils écrivent
    Comme ils vivent
    Sans limites
    Sans frontières
    Et sans peurs
    Du moins, c'est là
    Le mythe
    Que l'on se raconte.


    - AF


     

     

  • Nous les mortels

     


    Et la mort plane à nouveau

    Nous qui nous croyions immortels

    Qui nous roulions, entre fange et futilités.



    La bête sombre ronge les corps et dévore ses enfants

    Combien de sacrifices faudra-t-il ?

    Amis chers, chaires aimées, chaires broyées

    Dressant un fier front, faisant face.



    Karma, destinée, mais corps surtout

    Qu'on-ils vécu pour que déjà

    On les arrache, on les déterre

    On les enterre, enfin ?



    - AF

     

     

     

  • Souvenir d'un dimanche

     

    Corps déglingué
    Aube agonisante
    Feu puant
    Âme endolori
    Mauvais matin
    Mauvais dimanche

    Et puis je grimpai en haut d'une montagne
    Et je me sentis mieux.

     

    AF

     

     

  • Maux d'un samedi

     

    Accroupis dans ma grotte
    Affrontant un horrible hoquet
    Je lis les biographies des grands hommes
    Dressant quelques plans futurs
    Sur la base de leurs exemples délirants.

     

    AF

     

     

  • Les Chevaliers de la Table Ronde

     

     

    Il était une terre sombre et maudite,
    Que des Chevaliers vinrent un jour libérer,
    Réunis autour d'une Table Ronde, ils parlèrent,
    Et parlèrent tant, qu'une génération passa.

    Quand les palabres se furent éteintes,
    Les Chevaliers se saisirent de leurs montures,
    Et partirent enfin en quête du Graal,
    Qui seul peut briser toute malédiction.

    Après plusieurs années,
    De périples et de péripéties,
    De chevauchées et de cavalcades,
    L'un d'entre eux trouva le Graal.

    Et c'est alors qu'il sut que,
    Si la terre était bel et bien sombre,
    La malédiction, elle,
    N'existait pas.

    Ramenant le Graal à la Table Ronde,
    Il découvrit la Table brisée,
    Et la Chevalerie éparpillée,
    La tête pleine de malédictions.

    Et ce fut la chute de Camelot,
    Mais la terre, sombre, demeurait,
    Et le Chevalier s'en alla,
    Le Graal à la main.


    Adrien Faure