Louis-Batiste Nauwelaerts

  • Carnet

     

     

     

     

     

    je n'ai guère de talent que celui d'avoir su

    en reconnaître l'absence chez moi

    et j'en retire

    un certain plaisir

    guère de talent ne signifie pas que l'on ne peut

    en donner

    l'illusion

    être talentueux pendant deux heures

    les autres me l'accordent

    mais je ne saurais atteindre la postérité

    je suis bien trop vivant

    mais même le médiocre ne devrait pas se passer

    d’écrire

     

    l'écriture c'est quand la contemplation devient

    exaltation

    et ça

    même le minable

    en est capable

    regardez moi

     

    la banane sur le coin de la table

    pourquoi j'aime tant sa chevelure rousse

    les gâteaux chauds de nos mères

    la voix qui pousse à écrire

    la notre en fait

    on espère s'en délivrer

    et en le faisant on se sauve

    c’est le seul moment

    se parler

    à soi même

    a du sens

    on se retrouve face à nous même

    devant ce miroir de papier

    et on se rend compte

    que l'on ne se connaît

    pas si bien

    des mots qui jamais

    n'auraient eu l'audace

    de s'échapper

    coulent à flots

    et nous révèlent à nous même

    mais il ne faut pas se contenter de regarder s'épandre les flots

    il faut y plonger

    voir s'y noyer

    prenez le risque d'écrire

    de vous ridiculiser

     

    ayez des carnets

    toujours un ou deux

    et le stylo qui va avec

    une parcelle de vous

    dans votre poche

    un ami

    à tout moment

    vos pensées

    vous paraîtront plus claires

    et des fois même

    plus intelligentes

    le carnet n'a pas de forme puisqu'il les contient toutes

    un dessin

    un gribouillis

    quelques mots de travers

    des phrases même

     

    imaginez vous

    pris d'une frénésie soudaine

    des idées fusant dans votre esprit

    saisissez vous de votre carnet et d’un stylo

    et laissez alors votre main

    guider

    votre esprit

     

     

     

     

     

     

     

    Louis-Batiste Nauwelaerts

     

     

     

     

     

     

     

  • Le Moderne

     

     

     

     

    il est content pour rien

    de cette drôle d’époque

    moi je suffoque

    je me moque

    lui il soliloque

    sur la modernité

    il l’aime il y est né

    qu’ai-je raté si ce n’est le train du siècle

    pardonnez mon retard

    rêveur

    je nageais dans les odeurs

    des usines et des ménagères

    des disques et des vieux livres

    des vieilles guêtres et des vieux êtres

    car ils n’ont pas livré tous leur secrets

    je prendrais bien celui de 9h

    mais je suis anglais

     

     

     

     

    Louis-Batiste Nauwelaerts

     

     

     

     

  • Aveu

     

     

     

     

    j’ai souvent pensé

    à mettre des points.

     

    à faire des strophes

    A mettre des majuscules.

    Même ajouter, par moments,

    de la ponctuation.

     

    faire des phrases

    en somme

    mais je

    n’y arrive

    pas

     

     

     

     

     

     

     

     

    Louis-Batiste Nauwelaerts

     

     

     

     

     

     

  • Par ordre du Ministre de la Guerre

     

     

     

    le porteur du présent appel

    est invité à se munir

    d’une paire de chaussures

    d’une ceinture

    d’une chemise

    d’une cuillère

    d’une fourchette

    il n’en faut pas moins

    pour mourir à la guerre

     

     

     

     

     

     

     

     

    Louis-Batiste Nauwelaerts