21/06/2018

Un studio à Paris

 

 

Paris, 14 juin 2018

 

Sous les combles dans le 2e, un petit studio, illégal il paraît, très sobre, c’est-à-dire au stade précédant l’insalubrité. Pas cher évidemment, vous l’avez deviné. Un proprio complètement à la masse, en retard, fort sympathique. Il débarque valise à la main, comme si c’était lui qui venait s’installer. Il disparaît pendant trois heures et revient avec du linge frais, selon les critères parisiens je suppose. Sous ma lucarne, l’église de la Sainte Moustache, une caserne d’hommes du feu, des pavés et une passade de badauds. Tout cela est assez romantique, peut-être.


16 juin


J’avale à grands pas les marches des six étages qui me séparent de ma cellule, tout craque et se craquèle joyeusement sous mes pieds. Poussières hébétées voletant en paisibles bourrasques, tuyaux innombrables trouant le sol et piquant du haut, transperçant chaque étage de part en part, comme les tubes du Brazil de Gilliam. Certaines portes ne ferment pas vraiment et transparaît alors un filament de l’existence de voisins éphémères plongés dans ce vaste taudis en plein cœur de l’hypercentre de Paname. Délaissé, un pauvre chauffage tout poudré me scrute piteusement durant mes montées et mes descentes d’alpiniste.



18 juin


Je m’en vais. Depuis plusieurs jours une poubelle ventrue sue et suinte sans espoir dans la mince entrée servant de sas à l’immeuble. Je la laisse à son agonisante décomposition spontanée. Puisse un éboueur prendre en pitié ces habitants sans concierge.

Et puis le trajet de retour. Le train s’arrête brusquement. Deux Anglaises parlent fort. Un bébé s’éveille par à-coups. Des champs de maïs à perte de vue. Quelques pylônes piquetant la crête au loin. Un homme dort, la bouche ouverte, écouteurs sans fil aux oreilles, il me rappelle un soûlard de l’aube endormi dans un bus quelconque au bout d’une route quelconque lors d’un matin sauvage déjà oublié. Derrière sa fenêtre, le train se remet à défiler, les Anglaises à babiller et le bébé se tait.

Courbures de roches à travers la vitre, sous les feuillages j’aperçois l’onde qui scintille, de l’autre côté, la rivière se fait franche et tachetée.

Être ou ne pas être en mouvement. 

 

 

Adrien Faure  

 

 

 

 

 

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