14/11/2017

Souvenir d'un dimanche

 

Corps déglingué
Aube agonisante
Feu puant
Âme endolori
Mauvais matin
Mauvais dimanche

Et puis je grimpai en haut d'une montagne
Et je me sentis mieux.

 

AF

 

 

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12/11/2017

La châtelaine

 

Depuis mon enfance on m'a parlé d'un château
Et la châtelaine me disait souvent, comme il était beau
Mais le château était récits et souvenirs
Ses pierres aussi transparentes que sa mémoire.

La châtelaine maintenait tout de même
Les rituels de l'ancienne cour
Et tous ensembles, nous communions
Dans la Grande Cérémonie du Thé.

Tout sourire, nous échangions
Sur le sens de Tout Cela
Sur Ce Qu'il Est
Sur Ce Qu'il Sera.

Et le thé se déversait
Joyeusement et fumant
Dans un tourniquet de gosiers gobeurs
Tandis que l'on jouait des mains pour parler.

Mais le château n'est plus là
Il n'est plus là depuis longtemps
Et, à présent, la châtelaine n'est plus là non plus
Et le thé a cessé de couler.

L'Ancien Monde s'en va
Et ne subsistent que
Les souvenirs
Les émotions
Les chuchotements du passé.

Et tout le passé nous parle
La nuit, ou quand la nuit gagne le jour
Quand notre esprit divague
Quand notre esprit fatigue.

Et je vois le château
Et je vois la châtelaine
Et je vois le passé
Qui ne nous engloutira pas.


Adrien Faure

 

11/11/2017

Maux d'un samedi

 

Accroupis dans ma grotte
Affrontant un horrible hoquet
Je lis les biographies des grands hommes
Dressant quelques plans futurs
Sur la base de leurs exemples délirants.

 

AF

 

 

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08/11/2017

Les Chevaliers de la Table Ronde

 

 

Il était une terre sombre et maudite,
Que des Chevaliers vinrent un jour libérer,
Réunis autour d'une Table Ronde, ils parlèrent,
Et parlèrent tant, qu'une génération passa.

Quand les palabres se furent éteintes,
Les Chevaliers se saisirent de leurs montures,
Et partirent enfin en quête du Graal,
Qui seul peut briser toute malédiction.

Après plusieurs années,
De périples et de péripéties,
De chevauchées et de cavalcades,
L'un d'entre eux trouva le Graal.

Et c'est alors qu'il sut que,
Si la terre était bel et bien sombre,
La malédiction, elle,
N'existait pas.

Ramenant le Graal à la Table Ronde,
Il découvrit la Table brisée,
Et la Chevalerie éparpillée,
La tête pleine de malédictions.

Et ce fut la chute de Camelot,
Mais la terre, sombre, demeurait,
Et le Chevalier s'en alla,
Le Graal à la main.


Adrien Faure

 

 

 

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07/11/2017

Un ami

 

 

« Moi, tu vois, dès que j'ai dix mille balles sur mon compte, je pars en voyage. »
Chopes qui trinquent bruyamment, éclats de rire.
S. savait rire. S. savait vivre.
Ensemble, festoyant pendant deux ans sans relâche.
Bras dessus, bras dessous, pack à la main,
de soirée en soirée, de fête en fête,
comme le font tous les bons amis du monde.

Meilleur humain que beaucoup,
généreux, serviable, toujours aimable,
en même temps que doté d'une intelligence aiguë,
et d'un mépris de certaines convenances.

Flash de S.
Au petit matin
Au bout de la nuit
Dans un parc
Au milieu des étoiles.

S., j'étais à Tokyo quand j'ai appris.
Tu n'as ni tombe, ni tombeau,
ni pierre commémorative,
mais tu as une sépulture symbolique,
partout où tu aimais aller.
Dans ton goût du voyage,
dans ta terre promise,
cambodgienne.

Nous y mènerons un pèlerinage, sur tes traces.
Et peut-être, alors, retrouverons-nous
Quelque chose.
De toi.



A S., tué par la banalité administrative,
alors qu'il tentait de mettre les voiles.

 

 

06/11/2017

Beatus corpus

 

 

Le corps du Christ,
Le pur esprit désincarné,
Le voyageur de l'intellect,
Kant, dans son appartement,
Les marxistes théorisant au coin du feu,
P. retiré dans sa maison de campagne.


Le corps vivant, le corps vibrant,
Le corps cherchant le corps autre,
Le corps dansant, expérimentant, pulsant,
Le corps ivre, ivre de vie,
Et celui aimant, désirant, désireux.


Le corps soulevé par les poumons, 
Corps mourant, mais toujours soulevé,
Étincelle de vie, derniers instants,
Poumons de vie,
Souffle de vie,
Souffle.


Beatus corpus

 

 

04/11/2017

Beat

 

 

Autour de moi, j'aperçois des jeunes gens, étudiants de longue durée, ou en pleine galère de recherche d'un premier emploi - qui pourrait leur offrir un salaire leur permettant d'assurer un peu plus que leur survie matérielle, voire simplement leur survie matérielle, intellectuellement brillants, désargentés par de trop longues années d'étude, ou désargentés de toujours, désabusés par la politique et par le militantisme, athées ou peu religieux, cyniques parfois, incisifs souvent, précariat intellectuel sans idoles et sans dieux, en marge de la civilisation occidentale et de la petite bulle de prospérité helvétique. Abandonnant leurs folles espérances professionnelles, certains se rétrogradent dans d'obscurs emplois de désillusion, en attendant que. On leur avait pourtant dit qu'il fallait faire ce qu'ils aimaient, mais ce qu'ils aimaient n'était finalement pas au rendez-vous. A 20 ans, projetez vos espérances, suivez vos intuitions, puis, de 25 à 30 ans, passez cinq ans à réparer les choix de vos 20 ans ? L'école obligatoire et post-obligatoire nous a fourni une culture générale des plus avenantes, et parfaitement peu professionnalisante, éducation bourgeoise nous mettant à égalité avec les bourgeois, l'argent en moins, ou comment désorienter au nom de belles mais creuses valeurs à coup de milliards publics.

Mais parmi ces jeunes gens, certains ont été saisis par la plume. Alors, les mots se déversent, parfois grands torrents, parfois petits ruisseaux, toujours en conquête de nouvelles régions de papier, à défaut du monde, repoussant d'imaginaires frontières intérieures, poussant plus loin toute la fantaisie de leur esprit. Explorateurs, aventuriers, leurs doigts de géants pianotent dans un long vol qui les mène dans ce quelque part qui est l'ailleurs tant désiré.

Je lis l'histoire des années 1950 et 1960 et je me dis que nous sommes plutôt dans les années 1950 que dans les années 1960. Époque sans mouvements, époque conformiste.

Époque de gestation ?

 

 

Adrien Faure