• Carnet

     

     

     

     

     

    je n'ai guère de talent que celui d'avoir su

    en reconnaître l'absence chez moi

    et j'en retire

    un certain plaisir

    guère de talent ne signifie pas que l'on ne peut

    en donner

    l'illusion

    être talentueux pendant deux heures

    les autres me l'accordent

    mais je ne saurais atteindre la postérité

    je suis bien trop vivant

    mais même le médiocre ne devrait pas se passer

    d’écrire

     

    l'écriture c'est quand la contemplation devient

    exaltation

    et ça

    même le minable

    en est capable

    regardez moi

     

    la banane sur le coin de la table

    pourquoi j'aime tant sa chevelure rousse

    les gâteaux chauds de nos mères

    la voix qui pousse à écrire

    la notre en fait

    on espère s'en délivrer

    et en le faisant on se sauve

    c’est le seul moment

    se parler

    à soi même

    a du sens

    on se retrouve face à nous même

    devant ce miroir de papier

    et on se rend compte

    que l'on ne se connaît

    pas si bien

    des mots qui jamais

    n'auraient eu l'audace

    de s'échapper

    coulent à flots

    et nous révèlent à nous même

    mais il ne faut pas se contenter de regarder s'épandre les flots

    il faut y plonger

    voir s'y noyer

    prenez le risque d'écrire

    de vous ridiculiser

     

    ayez des carnets

    toujours un ou deux

    et le stylo qui va avec

    une parcelle de vous

    dans votre poche

    un ami

    à tout moment

    vos pensées

    vous paraîtront plus claires

    et des fois même

    plus intelligentes

    le carnet n'a pas de forme puisqu'il les contient toutes

    un dessin

    un gribouillis

    quelques mots de travers

    des phrases même

     

    imaginez vous

    pris d'une frénésie soudaine

    des idées fusant dans votre esprit

    saisissez vous de votre carnet et d’un stylo

    et laissez alors votre main

    guider

    votre esprit

     

     

     

     

     

     

     

    Louis-Batiste Nauwelaerts

     

     

     

     

     

     

     

  • Vertigineuses mises en perspective

     

     



    Kevin Mulligan a dit un jour que tout ce qui existe se ressemble car tout ce qui existe partage la propriété d'exister. Quid de la Cause Première comme liant de cette ressemblance ? Cette considération et d'autres, je vous les partage aujourd'hui à travers une fascination toute métaphysique face à l'existant qu'exprime en quelques lignes mon camarade Maxime Mercier.
    Bonne lecture ! AF

     





    Il m'arrive fréquemment d'avoir du mal à maintenir mon attention, et je me demandais pourquoi... Il m'est récemment apparu une première explication. J'ai alors écrit le texte ci-dessous qui est à la fois la démonstration de ma curiosité, de ma perplexité et de mon ignorance.

    Il me semble que ma propension à me déconcentrer vient en partie du fait, qu'à partir de détails dans mon environnement, j'ouvre un champ réflexif porteur de digressions vertigineuses, du fait de la complexité qu'ils impliquent.
    Je ne les conçois pas comme des îlots déconnectés les uns des autres (cela m’apparaîtrait, soit dit en passant, comme une aporie), bien au contraire.

    Il y a un certain sentiment de fascination et de stupéfaction que je ressens à l'égard de tout l'univers, mais également à l'égard de nombreux éléments du quotidien que je suis amené à rencontrer : le soleil, les chiens, les pommes de terre, les ordinateurs, les boules de bowling, les montagnes, etc. Ces différentes entités, prises pour exemples, ont de prime abord une absence de concordance les unes envers les autres, une radicale imperméabilité entre elles. Or, je pense que cela est faux ou vrai, selon que l'on se focalise sur la causalité ancestrale qui les unit, ou selon que l'on se focalise sur leur subtile particularisation.

    Même les êtres vivants et la matière inerte, même les humains et les cailloux, les coccinelles et la poussière, les poissons et les étoiles, ont le point commun d'être les enfants des origines. Le fait est que j'établis une, puis des causalités. Car ces éléments sont contenus dans ce même univers, ils en sont les émanations multiples. L'étrangeté du monde tient au fait de la diversité contenue dans un tout. Outre ces milliards de singularisation, il est vertigineux de penser à leur généalogie, de considérer qu'elles sont toutes des effets de processus causaux, s'inscrivant dans un processus global semblant bien improbable.

    Il y a comme, pour moi, une partie du tout dans chaque manifestation matérielle particulière, en raison des regroupements par arborescences, que j'effectue.

    L'existence de la matière même, que je conçois comme la seule chose qui soit, part vraisemblablement d'un tronc commun à partir duquel se sont développées et se développent encore, d'incommensurables ramifications. Il s'ensuit que cette fascination à l'égard de toutes les connexions, même celles pouvant être les plus contre-intuitives, me conduit aussi à terme, à une fascination à l'égard des origines mentionnées précédemment, et j'en viens à me poser cette question : comment, outre le fait que l'existence ait pu succéder à la non-existence, l'unique et l'infime ont-ils pu s'étendre et se répandre et devenir le diverse et le plusieurs ?

    Je ne peux ainsi que difficilement penser aux parties sans penser à la totalité. Dès lors, chaque parcelle de la réalité, perçue ou remémorée, est susceptible de m'absorber, et est à elle seule tout un continent, sans contours définis.

    J'ajouterai pour finir, que, faisant partie de cette totalité recouvrant bien des mystères, il m'arrive de me trouver moi-même étrange. Je me perçois, en me touchant, en m'observant, en m'écoutant, en me sentant. Je m'expérimente au quotidien.

    J'introspecte aussi, je pense, et je pense au fait que je pense. Je pense au fait que j'ai un cerveau, et que c'est ce cerveau qui me permet de penser, et j'en rigole. Puis je me demande, les yeux écarquillés : quelles peuvent bien être la ou les causes premières de la matière que je suis ?

     



    Maxime Mercier

     

     

     

     

  • Le Moderne

     

     

     

     

    il est content pour rien

    de cette drôle d’époque

    moi je suffoque

    je me moque

    lui il soliloque

    sur la modernité

    il l’aime il y est né

    qu’ai-je raté si ce n’est le train du siècle

    pardonnez mon retard

    rêveur

    je nageais dans les odeurs

    des usines et des ménagères

    des disques et des vieux livres

    des vieilles guêtres et des vieux êtres

    car ils n’ont pas livré tous leur secrets

    je prendrais bien celui de 9h

    mais je suis anglais

     

     

     

     

    Louis-Batiste Nauwelaerts

     

     

     

     

  • Au jardin des drogues légales : le café

     

     

     

     

    Noir, bien noir,
    tassé, bien tassé,
    chauffé jusqu'au dernier gargouillement vaporeux,
    écumez-le pour en extraire le breuvage,
    la liqueur dopaminergique.

    Il accompagne, persévère, soutient,
    l'acte d'écrire
    il saisit la main et lui donne la force de dessiner les signes,
    les mots désirés
    il soulage l'insomnie, éveille l'esprit souffreteux,
    appuie le vaillant qui traverse en trombe sa journée.

    Sombre ésotérisme
    Plaisir énergétique
    Combustible de l'intellect
    Il faut nourrir le cerveau :
    on lui donnera du café.

    Tasses, grandes ou petites,
    Parsemé de sucre,
    Gros cristaux de canne
    Goulu et vivifiant.

    Et sur la fin s'entassent les débris de l'émulsion soyeuse,
    la marée non souhaitée
    les armadas de cuillères salies et souillées,
    et ces tissus de lianes qui s'accrochent
    champignons voraces,
    parasites agrippés aux parois.

    Ainsi, du céleste de sa création,
    au plaisir terrien de sa consommation,
    en passant par ses effets créateurs,
    sans oublier le grand nettoyage,
    je vous donne le cycle du café.

     

     

     


    Adrien Faure